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Et le Ciel me répondit… 

Je lui dis : « J’ai peur ».

De quoi ma petite ?

  • De tout. De manquer. Que mon fils meurt. De la maladie. Je m’inquiète souvent. Je suis née avec l’inquiétude.

Il me regarde attendri.

  • Personne n’est arrivé avec tout ça.
  • Je me le suis donc créé ? Suis-je aussi bête, folle que ça ?
  • Tu as mal perçu, mal compris.
  • ?
  • Regarde bien. Profondément. Dans mon royaume, aucune peur ne peut exister car j’ai instauré la paix. Sais-tu la faire vivre en toi ?
  • Elle va et vient. Il me semble qu’elle ne connaît pas le mot stable. Fixe. Comment l’attraper pour qu’elle reste, continue à se loger en moi ?

Il sourit.

  • Ce n’est pas elle qui s’échappe, mais toi qui t’en éloigne.

Je lève les yeux au ciel. Enfin encore plus haut que lui. Au-dessus de sa douce auréole.

  • Alors, on descend et on s’éloigne de la paix ? Pourquoi ne pas nous avoir outillé pour y rester sans cesse connectés ? Ce serait trop facile, c’est ça, lui dis-je le regard défiant.

Il pose sa main sur mon épaule gauche. Il me fixe, cette fois, avec une intensité déconcertante et émouvante.

Dans son regard, tout y est. Je ne doute plus. Ses yeux me remplissent de ce qui semblait me manquer.

  • Oui, me dit-il sans ouvrir la bouche, et rajoute.
  • Aie confiance !

Et ce n’est pas le vilain serpent du livre de la jungle. Mais celui qui sait. Celui qui a vu. Celui qui a créé. Celui qui voit. Celui qui croit en nous.

  • Pourquoi nous avoir mis une double face ? Une seule aurait été si simple. Pourquoi nous laisser nous débrouiller avec tout ce qui nous embrouille, nous fait peur, nous décourage.
  • Quoi ? dis-je plus fort, comprenant une réponse qui ne me plaît que moyennement, tu ne vas pas me dire que l’un n’existe pas sans l’autre ?

Il continue à me fixer. Sans répondre. Les larmes me montent aux yeux. Oui, je me révolte. Cette souffrance ! Oui je me révolte. Est-ce en elle que nous devons fleurir comme le dit la philosophie bouddhiste ? Le lotus s’épanouit dans la boue ? Quelle absurdité !

Sa main ne décroche pas mon épaule. Il ne me lâche pas. Les sanglots m’envahissent.

  • Quel est le but ? articulais-je désespérée.

Il me prend tendrement dans ses bras. Je m’y love. M’y abandonne. Il accepte les larmes, la morve, la salive qui s’écoule abondamment de mon visage.

Je n’ai pas de réponse, mais je me sens mieux.

La paix est un état, pas un concept. Elle se vit.

Alors je l’entends me dire comme s’il lisait dans mes pensées :

  • Elle se choisit.

Je continue à penser que nous ne sommes pas bien équipées et qui plus est, de manière inéquitable dans le monde pour vivre le choix de paix.

Il s’éloigne. Saisit un gros livre.

Des portraits. Je ne les connais pas. Mon histoire (la grande !) me fait défaut. Ma connaissance générale en prend un coup.

Je le regarde interloquée.

  • Je ne connais personne, dis-je.
  • Ils ne sont pas connus. N’ont reçu aucune légion d’honneur. N’ont vaincu aucune guerre. N’ont signé aucune armistice. Ce sont des portraits de gens qui, comme toi, cherchaient cette paix. Ils sont tous morts, mais ils sont précieux.

J’imaginais mon portrait entouré d’autres « personnes ».

–   À quoi bon figurer dans ce livre ?

–  Ce sont des souvenirs, des traces de ces inconnus, de ces « personnes », comme tu dis, qui

changent le monde.

Je soulève les sourcils, n’osant pas lui dire que ça me fait une belle jambe.

  • Peut-être ne le remarques-tu pas encore, pas maintenant, mais un pas vers la paix ou même un soupçon de volonté dans cette direction mérite la postérité.

Alors tout cela n’est pas pour rien, me dis-je. Un soulagement. Au plus profond de moi-même, je le sais. J’ai conscience que cette guerre intérieure menant à la paix n’est pas un acte égoïste. Au contraire. Tous ceux qui tendent vers elle n’ont que faire de leur personne. Ce combat est trop souffrant. Un égoïste cesserait tout de suite, rebroussant chemin et choisirait de ne même pas y penser.

Heureux les simples d’esprits, murmurais-je.

Ses yeux, à nouveau plantés dans les miens.

  • Oui ils sont accueillis avec grâce.
  • Pourquoi est-ce si compliqué dans ma tête ? Moi aussi je préférerais être simple d’esprit ! me plains-je.

Il sourit.

  • Être simple d’esprit ne signifie pas sans cervelle. Simple. Esprit. Ecoute bien !

Là aussi, je me sens désarmée. Décidément, ce combat intérieur doit cesser. Simple : j’essaie. Esprit contient pour moi deux adjectifs : élevé et pur. Alors je persiste :

  • Comment se simplifier cette vie, ce cerveau, ces pensées qui engendrent des peurs, des inquiétudes…ça me fatigue.
  • Respire, me dit-il.

Je m’exécute.

  • C’est le premier pas. Il est question de se décentrer. Toutes les peurs sont là quand tu n’es pas avec le reste de l’univers, ce qui t’entoure. Quand ta préoccupation première, c’est toi, tes peurs arrivent.

Penses-tu que les infirmières se posent des questions lorsque de grands blessés sont amenés en urgence à l’hôpital ? …

Elles sont au service. Là pour les autres.

  • On a vu la reconnaissance !
  • C’est n autre sujet, mais tu as raison. Les actes de bravoure, de service n’ont aujourd’hui pas la considération qu’ils méritent. Doit-on le faire pour cette raison ?

Souviens- toi de ces portraits. Il tapote sur le livre fermé.

Ont-ils eu la reconnaissance nécessaire ? Est-ce que cela les a freinés ?

  • Non, c’est vrai, avoua fais-je. Comme ça, le fait de se décentrer nous permettrait d’être plus calmes ? plus sereins ?
  • Oui, en un certain sens trop penser à vous, vous empêche d’être simple.
  • Mais c’est le contraire de ce que je transmets et ai appris. Se sacrifier, bof, bof, m’exclamais-je. Pour le faire payer ensuite ? Merci ! Mieux vaut rester torturés plutôt que d’être au service et en vouloir à la terre entière ensuite.
  • Le sacrifice n’est pas du service. Il est une semblant de… un leurre. Il ne cherche pas la paix. Il engendre la dépendance. Ce n’est pas de ce service-là dont je te parle.

J’ai compris ce qu’il souhaite me faire comprendre, mais j’attends qu’il aille plus loin. Sa réponse ne me rassasie pas. Il a dû le saisir car il poursuit :

  • Quand tu te mets au service d’une cause plus grande que toi, as-tu peur ?

Je pense à mes séances. Et je dois avouer que jamais je ne ressens de peur pour moi durant ces dernières.

  • Non !
  • Alors vis ainsi !
  • Comme si je donnais des séances h24 ?
  • Oui, avec cette intention !

Je ne sais plus quoi répondre. Je laisse le silence s’installer et plonge mes yeux dans les siens comme si son regard pouvait encore me nourrir. Comme si son regard était un soutien. Un encouragement. Une force. Je ne veux plus le perdre de vue. Il est ma lumière. Alors j’y reste plongée.

 

 

 

 

Tombé du ciel

Aline Fridez
Chemin de Forny 6
1148 Moiry (VD)

+41 78 645 45 09

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